L’ECHEC D’UN SYSTEME

 

Nous vivons en ce moment même une crise sans commune mesure depuis 1929. Cette crise dont l’origine semble trouver sa source dans la chute des valeurs immobilières américaines ou plus en amont, dans les fameuses subprimes : (emprunts à taux progressifs contractés il y a quelques années par une classe sociale à solvabilité fragile, pour acquérir leur bien immobilier). Cette situation qui va malheureusement et pour longtemps encore, empoisonner l’économie mondiale semblait tristement programmée. Il suffisait d’observer cette nouvelle génération de spéculateurs financiers sortis fraîchement des grandes écoles issus le plus souvent de milieux privilégiés qui transformaient peu à peu le milieu de la finance en un gigantesque terrain de jeu : une sorte de "Las Végas mondial" réservé à une poignée de sophistes. En effet, si pour trouver un emploi de boulanger ou de mécanicien il faut aujourd’hui témoigner de plusieurs années de service et d’une solide expérience à "l’établi". Nombreuses banques peu scrupuleuses se contentent de la présentation d’un cursus d’étude bien étoffé en diplômes obtenus dans les "meilleurs écoles" de la planète pour propulser leurs jeunes loups aux commandes d’un pôle financier aux portefeuilles bien renfloués par une masse considérable de petits porteurs crédules et opportunistes. L’objectif crûment exposé en finalité, est bien évidemment de gagner beaucoup d’argent en un temps record grâce aux intérêts fabuleux des emprunts distribués en série à des sociétés dont la fiabilité de leur compte fut plus mesurée par l’euphorie des pronostics fantaisistes que par leurs chiffres d’affaires réel. Notre argent confié à ces gladiateurs surfeurs aux rêves démesurés, a servi en quelque sorte de pactole pour des mises hasardeuses dans les vastes amphithéâtres de la Bourse. L’argent semblait alors sortir d’une source inépuisable et imaginaire difficile à palper tellement sa volatilité devenait incontrôlable. On rentrait en bourse comme on rentrait au Casino. Pour appâter les plus gros poissons de la planète afin de les pousser à y jouer leur veste en espérant attirer les rêveurs audacieux, fallait-il agiter des lots intéressants ? Pas de problème à ce niveau de la roulette, la propagande faite autour de quelques richissimes hommes d’affaires du même acabit ayant bâti leur fortune à partir de ces produits spéculatifs aux lendemains prometteurs était un argument sérieux de persuasion. Il fallait bien en plus arriver à convaincre toute une batterie de dirigeants septiques à la recherche de recettes miracles d’enrichissement fulgurants, de mettre jusqu’à leur patrimoine personnel, outre celui de la collectivité en jeu pour une simple dose de risque… Disait-on dans ces époques là : bien calculée ? Le plus souvent l’investissement était systématiquement associé à de fortes probabilités de gains, les gains eux-mêmes convertis en développement, développement en richesse, richesse en emplois, emplois en prospérité individuelle puis en recettes fiscales très utiles au développement de notre infrastructure. Bref, un monde merveilleux aux promesses démesurées dont les systèmes montrent aujourd’hui leurs faiblesses. Tout en bas de l’échelle un bataillon d’escrocs sans état d’âme pour compléter le tableau… Une batterie de marchands de rêves sans scrupule persuadés de pouvoir s’enrichir sur les ruines de la misère, en revendant les biens saisis de leurs victimes, prélevant au passage quelques juteux bénéfices sur le grand désastre social. Le fond de l’histoire on la connaît, c’est aussi la place d’un autre marché très convoité sur la place financière : celui des médias, soufflant inlassablement le chaud et le froid au gré des tendances. En vérité, si ce maillon à peine remarqué de la crise n’avait pas été là pour enflammer les torches de la discorde sur le scandale des subprimes, la faillite de quelques banques véreuses à l’origine de l’émission de ces emprunts douteux n’aurait été qu’à peine évoquée. Bien entendu, personne ne pourrait condamner la bonne foi des journalistes "consciencieux " pour avoir diffusé une information authentique et de grand intérêt pour le citoyen lambda très influencé par ces échos. N’oublions pas que c’est la diffusion en chaîne de ces abus qui permit d’alerter bon nombre de souscripteurs sur ces pratiques inacceptables. Mais la question qui reste en suspens sur la place publique : était-ce seulement l’objectif de ces exploitants du sensationnel ? Peut-être pas ! Il est probable que tout ce qui a suivi le grand scandale de la crise des subprimes diffusée en boucle sur la scène de l’info, fut la plus grande fuite de l’histoire du grand complexe politico-médiatique.

Nous le savions, ce qui s’était passé aux Etats-Unis devait frapper la France de la même manière tôt ou tard. En effet, en réduisant le pouvoir d’achat des ménages tout en pratiquant des méthodes agressives d’incitation à la consommation et à l’endettement de ces mêmes acteurs telles que nous assistions ces dernières années, c’est dire que la France s’engageait avec le même élan vers un parcours assez similaire à celui de l’Amérique du début de ce millénaire. Nous allons tirer toutes les leçons de cette tragédie économique, du moins il faut l’espérer. Ce qui est à retenir en mon sens, c’est l’incompatibilité qui demeure entre pauvreté et solvabilité. Nous savons très bien que les producteurs de biens cherchent en même temps à enrichir leur patrimoine industriel et personnel du même coup. Pour cela ils ont besoin de consommateurs solvables pour subsister. A moins bien entendu de pouvoir conquérir des parts de marché lointaines là où il y a du pouvoir d’achat. Faut-il pour cela être des champions de l’exportation. Faut-il préciser encore qu’être champion de l’exportation implique aussi d’être suffisamment compétitif : (difficile à réaliser quand on sait qu’une grande partie de l’humanité peut à peine se nourrir,  le pouvoir d’achat que dispose une majorité de ces consommateurs en devenir  par conséquent est plus que limité), la question des marges bénéficiaires se pose en effet.  Il reste une issue bien entendu : la conquête des pays riches ! Mais faut-il avoir des produits suffisamment attractifs pour satisfaire cette clentèle exigeante et très avertie. Cela dépend là encore évidemment, de la qualité de la formation que nous dispensons dans nos écoles. Puisque les produits que nous devrions distribuer vers ces pays riches seraient forcément plus chers pour ces consommateurs spécifiques, la production de ces produits de qualité bien facturés est nécessaire pour pouvoir assurer les salaires confortables qui généralement sont l’apanage des pays développés. Ne parlons même pas de notre système social en décrépitude qui souffre terriblement d’apport nouveau à tel point qu’il sera peut-être question pour ceux qui travaillent de se placer en garants de la bonne santé de notre système de solidarité en travaillant jusqu’à l’usure.

Bref l’avenir ne semble pas vraiment brillant pour les générations qui nous succéderont, si il l’est déjà pour la nôtre.

Alex LONY .

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2 réponses à L’ECHEC D’UN SYSTEME

  1. Claude dit :

    L’avenir pourra être vivable à la condition que les futurs spéculateurs sachent prendre leçon de la grande déroute actuelle en espérant qu’ils agiront avec plus de bon sens dans la mesure où ils comprendront que l’argent qu’ils n’ont pas ne peut être engagé sans garantie. Tout peut repartir avec brio en investissant raisonnablement en partant sur des bases solides. Il n’y a pas de bon consommateurs avec des ménages touchés par la précarité et le manque de perspectives à long terme. En outre si la jeunesse qui est l’essence même d’un pays n’a pas de perspectives d’avenir, elle ne produira pas par manque d’autonomie financière, ne développera pas le marché et ne fera pas prospérer la nation. La population plus âgée pour ceux qui seront actifs devra alors porter les plus jeunes démunis. A la finale, la relève ne se fera pas. Ce sera le chaos. La pauvreté engendrera la violence et la corruption de même que la délinquance. La France sombrera dans le marasme le plus complet et viendra rejoindre les pays les plus pauvres qui eux-mêmes déjà très fragilisés viendront tenter leur chance de plus en plus vers les pays européens qui ne seront guère enclins à accueillir d’autres poplations en difficulté ayant eux-mêmes la misère sur leur sol. Le futur nous dira ce qu’il adviendra des pays les plus riches et si les pays les plus pauvres ne s’enrichiront pas peut-être en devenant des acteurs nouveaux ayant des ressources nouvelles, des méthodes moins hasardeuses en s’appuyant sur leurs expériences douloureuses qui les auront grandis pendant que ceux qui n’auront pas su profiter de leur chance n’auront que pour seule consolation que la richesse du passé perdue…

  2. Alex dit :

    Claude,

    Merci pour cette intervention de très grande qualité. Il y a donc de l’espoir puisqu’il y a de la réflexion et de la compréhension. La question serait de savoir à quelle échelle quantitative se situe cette prise de conscience et quelle sera son impact sur la moralisation de la finance afin de rendre moins opaques ces méthodes ultralibérales perfides ?

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