DES OFFRES D’EMPLOI EN SOUFFRANCE ?

HEC 

Les secteurs sinistrés.

Depuis plusieurs années dans notre pays, certains secteurs d’activité souffrent cruellement d’un manque d’attractivité chronique pour des raisons qui semblent échapper à nos experts les plus compétents. Pour être plus précis, dirons-nous ici que le constat est tout simplement accablant ! Certaines professions en effet, à la recherche d’une main d’œuvre qualifiée ou expérimentée n’arrivent pas à recruter le personnel dont elles ont besoin pour répondre favorablement à la demande urgente d’une clientèle de plus en plus exigeante.  Résultat final, eh bien tout simplement que ces mêmes sociétés qui à un moment donné se trouvaient en position de leader sur le marché, se sentent parfois obligées de réviser leur perspective de croissance à la baisse, regrettant par la même occasion de rater quelques belles opportunités qui ne se représenteront peut-être jamais, de rentabiliser leur entreprise à l’échelle de leur savoir-faire et de leur capacité financière.  Puisque le fait est vérifié et avéré, il serait sûrement urgent de rechercher les causes les plus probables de ce désastre socio-économique handicapant à plus d’un titre  et qui fragilise indubitablement la compétitivité de ces entreprises. Si la plupart des économistes sont d’accord pour désigner la crise comme la principale responsable, les sociologues un peu plus réservés préfèrent multiplier les pistes de leurs réflexions et avancent des arguments un peu moins subjectifs. La pénibilité des tâches et le changement des mentalités sont plus fréquemment abordés par ces derniers,  idée à laquelle j’adhérerais plus facilement sauf que les investigations me paraissent encore insuffisantes par rapport à l’ampleur du malaise. C’est la raison qui me pousse de tenter ici, d’élargir les consultations pour que chacun puisse s’exprimer au mieux afin d’apporter sa pierre à l’édifice de ce qui pourrait devenir un grand débat populaire, sûrement plus constructif que celui du questionnement sur l’identité nationale.   Toutefois, il ne serait pas très productif de vous demander de réagir sans vous donner mon propre avis sur la question. Voilà pourquoi j’ai décidé de vous le faire partager ici même sur cette page. N’hésitez surtout pas d’y ajouter vos analyses, vos critiques et suggestion. Je n’ai absolument pas le sentiment de détenir à moi seul, le secret d’une science inexplorée qui va nous permettre de résoudre rapidement les problèmes de société auxquels nous sommes confrontés depuis de longues années. J’espère simplement malgré-tout atteindre par le biais de votre contribution la conscience collective qui nous aidera à réfléchir ensemble afin  de chercher des solutions et pourquoi-pas agir dans la mesure de nos possibilités. Aurais-je tout au moins réussi, en me prononçant avec beaucoup de prudence à faire avancer doucement le débat ?

Le bâtiment à mauvaise presse. 

Comment avons-nous pu en arriver là ? C’est vrai qu’aujourd’hui en France et un peu tardivement il faut bien le regretter,  les métiers manuels ont un peu moins cette image dégradante qu’elle véhiculait dans un passé pas si lointain que ça ! En effet, il n’y a pas si longtemps encore, avoir un métier manuel ou être ouvrier, surtout dans le bâtiment était presque systématiquement synonyme d’échec scolaire et n’attirait pas grand monde il faut bien l’avouer. Evidemment, on ne pourrait négliger les raisons  propices à ces réflexes négatifs, assez communs dans notre vision collective des trente glorieuses. Ceux qui étaient sensés assurer ces métiers étaient pour une majorité, des immigrés fraîchement arrivés pour reconstruire la France défigurée du Général de Gaulle et celle du baby-boom. Pas besoin de rappeler ici les raisons qui poussèrent cette main-d’œuvre bon marché à solliciter ces emplois ingrats dont personne ne voulait. La grande pauvreté dont ils étaient frappés au pays de leur enfance était suffisamment tragique pour accepter toutes sortes de solutions qui pouvaient leur permettre d’améliorer l’ordinaire. Mieux que la misère insupportable, c’est une misère un peu moins périlleuse évidemment ! Finalement, ce que les Français appelaient : «le sale boulot» était pour ces gens une aubaine indiscutable qui leur permettait enfin d’imaginer un avenir un peu moins dramatique pour leurs enfants. L’image qu’ils donnaient aux Français n’était en aucun cas positive malgré le courage qui leur fallait pour supporter des conditions de travail déplorables, des salaires de misère et une vie privée scandaleuse pour ne pas dire inexistante.  Là encore ce fut une approche tout-à-fait occidentale de la situation qui sans le moindre doute fut très éloignée des priorités réelles de ce peuple digne et extrêmement passif face à  ses infortunes. Nombreux de ces ouvriers étaient hébergés dans des bidonvilles ou baraquements de fortune aux portes de leur chantier : (la difficulté se supporte assez bien finalement quand on veut s’en sortir) ! Femmes et enfants restés au pays étaient certainement une motivation suffisante pour résister à la déprime et puis dans un pays développé on trouve facilement du réconfort entre gens du même bled pour se requinquer le moral. Le plus souvent on avait fait venir des frères des voisins du village quand il y avait du boulot. Personne ne crachait dans la soupe, il fallait bien nourrir sa famille et se faire un peu plaisir de temps en temps. A cette époque même la prière se faisait en silence pour ne pas irriter les hôtes un tantinet hostiles aux pratiques différentes. En plus il fallait éviter de se mettre à dos les quelques célibataires du camp prêts à tout pour libérer leur libido, même à consommer du porc et fréquenter la prostituée locale sans moralité. Cette image là évidemment, elle n’était pas bien digne pour ceux qui chaque nuit loin de ces ouvriers malmenés, dormaient dans un lit bien chaud et partaient le matin au bureau en s’ingurgitant un confortable petit déjeuner. Bien souvent ces travailleurs «insatiables» déambulaient dans une tenue infecte qu’ils utilisaient pour travailler, c’était bien souvent la même toute la semaine parce qu’il ne fallait pas trop salir d’affaires ne pouvant les laver que le dimanche, unique jour de repos pour une majorité d’entre eux. Pendant toutes ces années dites moi quel Français aurait pu avoir envie de vivre la vie de ces gens là, (la vie de ces ouvriers) ! Voilà ce que fut l’image de l’ouvrier en France à défaut d’ouvrier français pendant près de trente ans avant que les multiples crises ne viennent rendre plus fréquentables ces métiers déjà difficile réservés pendant longtemps à une population «de pauvres types» sans instruction d’origine étrangère, formés sur le tas et de surcroit peu exigeants sur les conditions de travail, disons plutôt : obligés de se taire au risque de se retrouver sur la paille. Pour beaucoup de Français se sentiment du travail dégradant a persisté bien au-delà du temps, parce que les conditions de travail dans ces professions n’ont pas réellement évolué.  Les ouvriers et les salariés de ces emplois pénibles ne sont pas mieux payés, ne sont pas mieux considérés, et bien souvent ont des perspectives de carrières  quasi-inexistantes : il arrive souvent que des employés hautement qualifiés se retrouvent avec une qualification bien inférieure à la précédente en changeant d’entreprise. Ceci n’a absolument rien à voir avec l’efficacité au travail, mais seulement lié à la notion morale de certains employeurs sans scrupule  qui quelquefois n’hésitent pas à sous-évaluer les compétences pour faire baisser la rémunération. La sécurité est souvent bradée au profit d’une rentabilité à sens unique, la vie familiale  lourdement pénalisée à cause de la mobilité et les heures supplémentaires mal payés, sans  compensation promotionnelle significative en reconnaissance des efforts fournis,  les risques d’accident sont plus fréquents dans cette catégorie professionnelle que dans d’autres activités. Voilà pourquoi ces métiers n’attirent toujours pas !

Un changement des mentalités en profondeur. 

Tant qu’en France ces métiers resteront la voie du dernier recours pour des parcours scolaires avortés, on continuera à sous évaluer la place de l’ouvrier dans ces métiers pénibles. Il faudrait vraiment que l’Education Nationale puisse se pencher plus sérieusement sur la question de l’orientation. Ne pas orienter les élèves uniquement en échec scolaire dans ces métiers, mais plus en rapport avec le choix personnel en équation avec le niveau d’étude, ce qui me paraît être une méthode plus réaliste. Bien entendu faut-il encore organiser l’accompagnement des futurs candidats de façon productive, par la mise en place d’un tronc-commun d’orientation réaliste à la hauteur du niveau intellectuel de chaque individu selon les postes à pourvoir ? C’est une solution ! Le but serait que chacun puisse choisir son métier en fonction de son choix personnel en étant bien informé sur les réalités quotidiennes en phase d’activité, ceci en parfaite symbiose avec les recruteurs. L’intérêt des niveaux de qualification en rapport avec les capacités théoriques et pratiques serait que l’on pourrait choisir au sein de ces professions comme cela se pratique déjà dans d’autres professions : son degré de compétence. Ce qui signifie que dans chaque filière il devrait exister un cursus spécifique selon le plan de carrière visé, afin de produire les futurs dirigeants d’entreprise dans ces secteurs d’activité  ! Etre maçon ou ou ouvrier qualifié de niveau V ou bac plus VIII dans un métier manuel en général ne doit pas supposer être un événement insolite. Tout ceci exige évidemment un changement des mentalités en profondeur. C’est un fait avéré : la France ne produit plus ses futurs dirigeants d’entreprise dans les grandes écoles du tertiaire ou du commerce, alors pourquoi ne pas changer en profondeur notre vision du monde du travail : l’élitisme en costume cravate ne doit plus être une image incontournable associée à la réussite professionnelle ?

Alex LONY

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Une réponse à DES OFFRES D’EMPLOI EN SOUFFRANCE ?

  1. Danièle dit :

    Bonjour,

    Je n’ai pas l’impression qu’à notre époque l’on veuille réellement permettre à tout à chacun d’avoir une activité salariée. Je pense aux niveaux demandés souvent bien trop élevés, qui mettent de côté trop de gens sans compter les critères qui marginalisent également et dont la plupart des personnes n’entrent pas dans les créneaux. L’expérience qui empêchent les jeunes de débuter une carrière faute d’avoir une une opportunité. Enfin l’âge, le statut : marié et/ou célibataire et/ou avec ou sans-enfant, enceinte ou pas. On se demande quel est le profil idéal qui pourrait correspondre aux employeurs. La population en est réduite à se préoccuper de suivre au risque de sacrifier leur vie pour se conformer à ces fameux critères de sélection on va dire. Existe t-il un portrait idéal du genre :
    Célibataire
    28 ans
    sans enfant
    sans vie maritale
    mobilité internationale
    sans attache
    émigration immédiate,
    et j’en passe
    Je suis vraiment consternée de constater que tout est clanique. On s’évertue à opposer les classes : Juniors et Séniors et inversement, hommes et femmes, types ethniques etc.
    Je souhaite seulement que l’on se rendra compte à court terme que cette manière de pratiquer ne sert à personne pour les raisons que vous citer-vous même dans quelques unes de vos rubriques

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